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Togo 2 – AU PAYS DES PIEDS PROPRES

Tout semble rentré dans l’ordre, je peux donc continuer.

Il faut bien le dire, les Togolais sont des gens très accueillants. Ils ont cet art de laver les pieds des voyageurs pour leur souhaiter bonne arrivée. Oui mais voilà, l’alcool de palmier est passé par là, et c’est maintenant avec ce « Togo Gin » qu’on lave les pieds des voyageurs, en commençant par leur estomac… et ça attaque, surtout par 40°c. Pourquoi ce nom ? Simplement parce qu’ils utilisent des cadavres de bouteilles de Gin pour nous abreuver avec ce que les vieux palmiers ivres ont à offrir de leur cœur sucré.

Et hop un petit verre de Sodabi pour notre ami Benji



C’est à Kpalimé (ne prononce pas le K) que nous avons donc lavé nos premiers pieds. Beaucoup ont suivis, on doit ressembler à des mille-pattes avec un pied toujours sale aux yeux des Togolais, sinon je n’explique pas cet engouement pour le Togo Gin.
Kpalimé est l’une des plus grandes villes du Togo située en région des plateaux. La région des plateaux est avant tout … une région de plateaux, donc de relief tu l’auras compris. Le climat y est beaucoup plus frais et moins étouffant qu’à Lomé. Par « frais » comprend qu’on ne dépasse jamais les 40°c et qu’on peut descendre à 20°c, voir 14-15°c la nuit dans les montagnes. Le peuple y parle éwé. Cette région est très agricole, ici poussent cacao, café, mangues, ananas, avocats bananes, maïs, divers produits maraichers, de l’igname, des oranges amères … des tas de choses en bref.
Kpalimé est beaucoup moins développée que Lomé et ressemble plus à un gros village. La ville étant assez étendue, et mon quartier assez loin, il faut se déplacer le plus souvent en Moto-taxi Chinoise, parfois à 3 sur la même machine, histoire de profiter du vent et d’économiser nos milles pattes plus sales les unes que les autres. Cependant, même quant on vient en moto, impossible de couper au lavage de pied. Va savoir…
Le centre ville est peint d’un marché permanent regorgeant de productions locales et d’artisanat. T’es blancs, donc t’es riches, pour autant personne ne te harcèleras pour vendre quoi que ce soit, et à quelques exceptions près tu bénéficies des mêmes prix que les autres. A Kpalimé, on est comme chez soit. On se sent même plus en sécurité que dans la plupart des grandes villes Européennes. Ici les gens sont bienveillants, très respectueux, le vol et la délinquance sont très mal vus et vraiment pris au sérieux par les familles, donc presque inexistants.
Tu es Yovo. C’est le premier mot que l’on apprend sur place, pas possible d’y couper, ou alors c’est que tu n’as croisé aucun gamin ce qui paraitrait surnaturel. Du léger « Yovo yovo bonsoaaaar, au multiple « YOVO YOVO BONSOAAAR » collectif, sans oublier le timide « Yovo yovo bonsoar » lancé en catimini de loin, tu es en ce lieu pour les petits Togolais ce que Mickey est à EuroDisney: une attraction incontournable. Et puis il y a ce mystère niché dans la bouche des enfant que je n’ai pas encore réussit à percer: le Yovo c’est comme les lunettes chez Afleulou, ou encore les écouteurs, les factures, les jumeaux, les pieds, ca va toujours par deux. Si tu entends un seul Yovo, c’est que tu es sourd ou que le môme s’est étranglé. Ah oui au fait, Yovo ca veut tout simplement dire homme blanc.

Miawézon yovo, bonne arrivée homme blanc.

Yovo Yovo bonsoir !



Il semblerait que je sois repéré !



J’aimerais maintenant aborder l’un de nos plus grands combats: la conquête du Cybercafé.
Écoute bien, ou plutôt lis bien, car cette histoire est celle de héros ordinaires, de branchés parmi les déconnectés, l’histoire de ceux pour qui communiquer avec un clavier est une religion qu’ils se refusent à renier, même au fin fond de la brousse.
Il est à notre époque quelques aventures épiques, parfois au coin de la rue, et celle qui ne déroge pas à la règle est bien la conquête du cybercafé ! En leurs temps les premiers peuples migraient pour rejoindre l’Europe et l’Asie, les croisées partaient l’assaut de Jérusalem, et Napoléon se risqua à la Russie. Notre périple régulier est tout aussi singulier et surtout pas plus facile: conquérir un cybercafé et glaner quelques précieuses minutes de connexion internet, minerais dont le Togo n’est pas riche du tout.
Armés de nos PC, d’un sac à dos, de quelques pièces, et de potion magique, nous sommes parfaitement armés pour le voyage, prêts à défier les crocs affutés et l’haleine poussiéreuse de la sauvage Kpalimé. En guise de première étape, le domptage des moto-taxi est plutôt aisé. Ce qui l’est moins c’est de garder l’équilibre avec un sac plein de PC sur le dos. Mais ce rodéo n’est encore qu’une formalité pour les aventuriers surentrainés que nous sommes. La première réelle difficulté consiste à trouver un cybercafé acceptant les ordinateurs portables extérieurs. La seconde, bien plus délicate, est d’en trouver un qui soit ouvert, car en ces contrées où le temps est plus relatif que jamais, les horaires peuvent parfois prendre des tournures étranges et se fondre dans l’espace-temps, ou encore se perdre dans les méandres sans fin des esprits Africains. Tenaces, il nous arrive parfois de trouver un lieu saint apte à nous accueillir et de pouvoir y installer nos quartiers. Mais voilà, c’est là que notre plus grand ennemi se dévoile enfin, ultime rempart à notre ascension vers le World Wide Web. Cette chose étrange que nous connaissons peu nous apparaît généralement sous la forme d’une coupure: coupure de connexion, et coupure de courant. L’esprit perfide apprécie particulièrement la coupure de courant au moment ou se lancent nos PC, engloutissant tous nos espoirs dans l’obscurantisme du système électrique Togolais. Les dieux ici sont cruels avec la naïveté des blancs.
Maintes fois nous avons dû rebrousser chemin et rentrer bredouilles, assoiffés de connexion et agonisants sous le soleil torride du sourire Africain. A de très rares occasions, nous sommes parvenus à nous connecter, mais la victoire prend alors le goût très amère du très très bas débit, ce qui, au moins, nous laisse le temps de nous remettre un peu de nos émotions et de souffler jusqu’à… la prochaine coupure.

Allons, l’ennemi semble à nos portes, à la prochaine l’ami !
Sylvain

Quand la cuisine se transforme en feu d’artifice !



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